Archives mensuelles : décembre 2015

Petit poème en prose

Je dépose donc ici différents matériaux liés, directement ou indirectement, à l’élaboration du livre.

Suit ici un poème en prose traitant, au final, du poids de l’héritage culturel ainsi que de la fatalité -ou pas- qui découle de son acceptation…

« 45 ans, c’est l’âge où tu commences à être fort, non ?

A mi course entre la naïveté et la connaissance, à mi-course entre la jouissance et la sagesse qui dit « on se calme, on se calme »

C’est l’âge où normalement on comprend le vieux qui te disais « rentres pas trop tard, mets ton bonnet, ça mène à quoi la philo? », alors que toi tu voulais juste connaître la nuit, le froid et les libertés.

45 ans c’est l’âge où on chiale plus, où on est en plein dans sa vie, qu’on la vit à plein, en route comme les trains.

A 45 ans tu es positionné, tu es le wagon de ta propre locomotive : ah bah, non non, ne va plus changer le dessein.

Ah oui ?

A 45 ans tu sculptes le monde entre tes mains : c’est toi qui deviens responsable de ce qui est devant toi. Et plus le vieux qui te disais de faire comme ceci ou comme cela, tu peux le prier ou lui cracher à la gueule, comme tu veux, mais lui il s’en va, te laissant sur le tas tout ce qu’il a fait là.

bretagne 101

Moi je regarde ce monde sur mes bras, comme je regarderais les marées indifférentes aux rochers, mes amours ou les écueils rencontrés: ce n’est même pas du découragement.

Juste ce dépit ; « hm c’est donc à mon tour ? » lors que je me sens, par rapport à tout ça, encore aussi sot, aussi fou qu’à 18 ans et que je ne comprends toujours pas où l’on va.

Ce monde a tenté de m’apprendre à juger, évoluer, grandir, bannir, m’enrichir, me faire gagner, tentant de tuer années après années ma sensibilité, ma tendresse, ma naïveté, ma spiritualité, riant presque de mes larmes lors que je vois mille raisons de les faire couler.

Alors vous savez quoi ? Moi, mes 45 années, je ne les fêterai sûrement pas demain.

Et je garde donc mes 18 ans frondeurs: oh ! Mais soyez rassurés, on n’y verra, presque, rien…

Roch H »

Ô solitude?

DSCF2689J’ai rencontré Riccardo Petrella il y a longtemps, dans le cadre de mes études. Il travaillait sur un projet au sein de la commission européenne.

Je me remémore surtout de cette sensation au sortir de l’entretien : je ne me souvenais plus très bien pourquoi (ou pour quoi) j’étais venu. Un petit peu comme avec les philosophes, vous savez: Quand ils vous répondent, vous ne comprenez plus votre question.

Alors quand je lis ce petit extrait, cela ne m’étonne pas trop qu’à l’époque -malgré toute ma gourmandise à tenter d’appréhender le monde- j’avais eu du mal à comprendre tout ce qu’il tentait de faire passer: ce Monsieur dispose d’une conscience de notre réalité fort exacerbée !

« Nous sommes dans une phase délicate, la conscience de l’humanité n’est pas assez développée pour qu’elle se traduise en vision politique autour de questions qui intéressent les gens. On n’a pas encore cette conscience de l’humanité comme on a eu celle de Dieu, de la nation ou de l’argent. »1

La conscience de l’humanité !

Moi cela me replonge en 2000 : vous vous souvenez… « le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas ». Une phrase naïve qui exprimait déjà toute la détresse d’une civilisation. Et où l’on peut aisément remplacer le mot spiritualité par humanité, dans l’acception de « l’homme qui cherche un sens à sa réalisation personnelle et collective. »

C’est ce qui m’aura le plus étonné, lors de mes premières « immersions » auprès des Sauvages, c’est leur humanité.  Le regard qu’ils posent sur eux et sur les autres semble s’établir sur de tout autres critères que ceux que l’on m’a appris.  S’en découle un art de l’accueil et de la rencontre qui n’a plus rien à voir avec le formatage du contemporain!

Des rencontres immédiatement plus sincères, comme dégagées des peurs ancestrales qui permet, dès lors, de tout de suite toucher l’autre… et qui affranchit de la peur de se faire toucher, offrant la profondeur qui n’est pas nécessairement celle d’une réflexion, dépassant la raison, pour tout de suite vivre le « être ensembles »

L’humanité, en fait, rien que cela, rien de spécial.

Alors quand j’entends un Monsieur de cette génération s’exprimer comme Riccardo Petrella, quand j’entends de nombreux penseurs libres, philosophes, sociologues, ethnologues, politologues, etc., commencer à marteler l’urgence de la découverte de nouvelles valeurs -ou ancestrales…- se recentrant sur le respect de l’humain, je me rends compte que le choix de vie de mes Sauvages n’est pas du tout en marge de la société : ils sont peut-être juste en marche un peu plus rapidement que les autres…

Et qu’ils ne sont donc pas si seuls.

Roch Hocepied

1Interview parue dans Alter échos à propos du livre :  Riccardo Petrella, Au nom de l’humanité – L’audace mondiale, Couleurs livres.