Le diable ne meurt jamais seul

diavoloJe relis mes premiers articles et mes premières notes sur les « Sauvages » avec une certaine tendresse. Me rendant compte -a posteriori- que ce qui m’avait le plus marqué lors de mes premiers pas dans ce milieu, ce n’était pas tant l’habitat « différent », l’autonomie ou l’organisation de la vie en collectif, mais bien le choix de remettre en avant certaines valeurs de base : la quête humaine de soi, le questionnement de certaines formes de spiritualité, l’art de la rencontre de l’autre, l’ouverture, la curiosité, et caetera ; bref, autant de débuts de réponses à cette civilisation esseulée et sentant le souffre d’avoir posé comme ultime but de chaque vie des objectifs qui, de là, apparaissent comme vides de sens. Des épures ouvrant dès lors, par une révolution intérieure appliquée au mode de vie, à bien d’autres possibles.

J’étais en effet entré dans le vif du sujet principalement par la grande porte dorée et accueillante du « monde » de Pierre Rabhi et de sa bienveillance. On y est bien dans ce monde ! Aussi attirant que les sirènes des marins que l’on se demande -à entendre si gracieuse mélodie- pourquoi il fallut tout ce temps avant de se laisser séduire…

Somme toute, cet homme (comme bien d’autres moins médiatisés) n’a jamais fait que glisser ses valeurs de vie, refusant le modèle qu’on lui proposait pour prendre le « risque » de ne point être travailleur en milieu urbain toute sa vie avec, pour unique refuge, un cloaque secoué par le bruit de la modernité.

Sa vie ne fut certainement pas plus reposante pour autant, mais elle a ouvert le champs de ces possibles en matière de sagesse, d’amour de soi, de l’autre et de la vie, et fut certainement plus « fournie » que celle à laquelle il semblait destiné.

Je me rends compte que pour beaucoup de mes contemporains, dès que l’on tente d’aborder le sujet de l’Amour entre les Hommes, de l’équilibre intérieur et de toutes les techniques qui sont utilisées pour y arriver, l’on risque de se faire coller sur la tête -moue condescendante appuyée- l’étiquette de bisounours avec, en sus, la plus ferme des invitations à redescendre dans le monde réel…

(Au même titre que l’on jettera dans le panier des complotistes toute personne remettant en doute des versions officielles de la lecture des événements voire de l’histoire).

J’ai pu l’entendre et le ressentir.

Et s’il y a effectivement des maladresses un peu naïves ou des extrêmes un peu dérangeantes, il n’en reste pas moins que je suis persuadé que cette recherche humaine-là importe certainement plus que la plupart de celles qui agitent mes semblables.

Grande porte, disais-je, que sont ces oasis et ces collectifs assimilables (si l’on devait absolument vouloir les catégoriser) : ils constituent une famille d’alternatifs vaste, terriblement attachante et j’avais déjà là de quoi remplir un livre rien que par les deux premiers voyages.

Et moi qui pensais au départ principalement traiter de maraîchage agro-écologique, de yourtes, d’éoliennes et de l’éventuelle qualité de vie pouvant y être associé, je fus surtout immédiatement plongé dans l’aventure humaine, dans ce qu’il a de plus profond !

Je n’avais pourtant pas envie de limiter ma découverte à ces « envoûtants » uniquement.

Tout m’invitait à également m’ouvrir à ces collectifs et groupes de vie ne prétendant pas nécessairement à une philosophie « inscrite » sous-jacente, mais aussi à tous ceux qui, par leur mode de vie et de pensée, seront directement ou non qualifiables -à mes yeux ravis- de Sauvages.

C’est dans cette direction, dès lors, que pour mon troisième voyage j’ai été vivre : anarchistes, activistes, punks, artistes, « gratteurs » ou simples individus rassemblés pour qui la contestation a pris incarnation ; ne fut-ce que par la façon de vivre, se nourrir, chanter, casser parfois, se faire enfumer, construire, créer, pour rien ou pour des idées, pour le beau ou juste pour être…

Même si mon esprit curieux pensait déjà avoir tâté pas mal de choses, je me suis rendu compte que, de n’aller voir plus loin, j’aurais pris le risque d’être l’identique de ce fonctionnaire qui dessine de grandes réformes sans rien connaître du terrain ! Je suis tombé dans un monde que je ne croyais pas exister ; dont nous voyons bien souvent l’émergence pourtant, mais que pour ma part je n’avais jamais côtoyé aussi profondément.

Je reviens avec cette sensation encore attisée que tout est mouvement et que sa forme est multiple, que cela a toujours été comme cela, bien sûr, mais à l’échelle de ma durée de vie, cela a été une sensation vertigineuse : l’on m’avait pourtant toujours dit que ce je vivais était l’étalon, la référence incontournable, que cela était juste et bon. Et d’y voir la violence que l’on y met pour tenter d’en convaincre tout le monde, en fait, j’aurais dû me méfier !

Calme toi m’chou, calme toi. Ne tente pas de tout dire en une fois, ce n’est pas possible. Tu auras le temps, tu prendras le temps : tu bloqueras de ta main les factures absurdes et tu rentreras dans cet espace en dehors du temps qui te permettra de dire, de raconter paisiblement. Mords dans cet espoir: ton histoire apportera sans doute quelque chose à une personne au moins, et alors tu auras gagné le salaire de tes efforts.

Je reviens de ce troisième voyage plus remonté que jamais (comme un coucou de Malines qui aurait placé ses sous en Suisse). Avec l’impression que d’autres partagent ma sensibilité. J’ai le sentiment exacerbé que c’est de la multitude de ces « existences » neuves ou anciennes que peut venir une bouffée d’oxygène, voire le renouveau total de notre société asphyxiée.

Mes Sauvages représentent pour moi le levier critique, le déséquilibre nécessaire, le questionnement primordial d’un consensus lissé de la pensée. Et finalement la base de l’expression de cette liberté de vivre et de chercher.

J’y vois aussi un énorme laboratoire vivant -genre recherche grandeur réelle- qui permettrait de trouver une alternative à cette vaste blague que sont nos soit-disant démocraties percées du cérumen d’une pré-adolescence. Pour faire vivre ces milliards de personnes avec le droit de tenter de vivre, non pas avec un minimum de dignité -comme ils disent hypocritement- mais avec une grandeur et une beauté humaine qui, normalement, pourrait se suffire à elle-même.

Désolé : je resterai idéaliste jusqu’à la fin ; car là où j’ai été, dans tous ces milieux, si différents soient-ils, même si tout n’est pas rose et facile -loin s’en faut- c’est cette confiance en l’intérêt de se battre pour plus d’amour, de paix et d’humanité qui crée le point commun. Et là où certains passent leur vie à jouer une pièce dont ils ne connaissent même pas le titre, là où d’autres prennent le risque de foutre en l’air la parenthèse humaine avec un égoïsme crasse qui semble ne même plus inclure leurs enfants, eux accordent à l’évidence du mystère de la vie tout leur souffle, sans doute jusqu’au dernier…

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