Des nouvelles du livre…

Je ne sais pas si certains se posent la question : alors oui, ça en est où « Trente jours chez les Sauvages » ? C’est bien beau de faire un site et une page facebook, mais il faut communiquer !

Alors le livre se porte bien. L’hiver fut naturellement plus propice à la rédaction qu’aux voyages. Mon dernier datant du mois d’octobre avec cette belle expérience de la participation à la « marche des bâtons » à Notre-Dame-Des-Landes.

Bon, les délais que j’avais tenté de m’imposer, avec une petite moue entendue, sont naturellement complètement explosés. Les bornes elle-mêmes, pas la thématique, mais bien la façon de relater le sujet, ont, elles aussi, changé.

Je parlais au départ d’un essai-reportage. Le problème avec un essai c’est qu’il faut faire semblant d’être intelligent, cultivé, voire novateur. Responsabilité dont, pour chaque qualificatif, je me permets de me libérer avec autant de réalisme que de haussements d’épaules.

Le terme reportage, lui, demande une approche fidèle aux propos, aux rencontres : on donne la parole aux personnes rencontrées. Hélas je me sens plus romancier que journaliste, m’offrant plus de ressentis et d’enluminures des événements que le terme « reportage » ne m’en eût autorisé.

Le projet a donc été rebaptisé en « récit ». Oh j’ai été voir dans les sources académiques, la définition ne correspond pas encore tout-à-fait à l’écrit mais au moins cela me libère de la nécessité d’être un intellectuel censé, ainsi que de celle d’être objectif.

Je vous présente deux extraits – bruts de cuve n’est-ce pas ! L’un exploitant plus la veine du récit « romancé », l’autre qui marque ponctuellement l’ouvrage de malheureuses tentatives à comprendre et interpréter ce monde mais qui, noyées dans l’humour, le récit et une certaine légèreté d’auto-dérision, aboutira – j’ose l’espérer – à ce que je veux faire passer.

Kenavo !

Cette ambiance de plaisir simple rappelle à mon souvenir cet autre moment fort récent que j’espérais pouvoir éviter de raconter tant il est étranger à ma culture de la quête du divertissement mais qui, lui aussi, par surprise, me prenant de court, m’avait plongé dans un état un peu béa.

Me renseignant sur les lieux dans lequel se déroulait le séminaire, j’avais lu qu’outre l’office quotidien, les habitants de l’Arche pratiquaient volontiers la danse. Il ne m’était point difficile d’imaginer de quel type de danse il pouvait s’agir et, par avance, je me demandai ce que je pourrais bien faire ce soir là pour m’occuper autrement.

Cela se passait dans la grande salle aux tréfonds de l’abbaye. La curiosité me guettant, je postposai la remise au propre de mes notes, j’abandonnai l’espoir d’une éventuelle conversation avec un hérétique qui, comme moi, eût été rebelle à ces drôles de farandoles puisque presque tout-le-monde était en bas.

A ma décharge, cela ne me prit pas tout de suite, n’est-ce pas ! Je me posai d’abord uniquement comme observateur… Il ne faut pas perdre de vue non plus que nous ne bénéficions d’aucun désinhibiteur, hum. Nous sommes là, tels que nous sommes, dans une lumière si pas crue au moins fort généreuse, et rien des mimiques des danseurs ne pourra passer inaperçu.

Je m’installe donc un peu en retrait pour tenter de comprendre le moteur qui anime la petite centaine de personnes à entrer dans ce ballet parfaitement orchestré d’une chaîne qui se rompt soudain pour faire virevolter des couples aussitôt dissolus par la phase suivante.

Je le vois bien, toutes ces personnes ont un sourire jusqu’aux oreilles : de la petite fille de quatre ans habitante des lieux jusqu’au retraité un peu guindé participant au séminaire ! Tous se laissent guider par cette Hollandaise qui ne déroge pas à l’image que nous avons des puissants peuples du nord qui, de sa voix forte, surmonte la musique oublieuse de Led Zepelin ou de Rachmaninov, pour inviter les danseurs néophytes à entrer dans la géométrie variable d’un kaléidoscope de corps parfaitement arrêtée.

Je n’irai pas jusqu’à dire que je suis brutalement passé du statut d’observateur discret à celui de danseur grâce au sourire et aux atouts physiques fort engageants de celle qui, déformant le cercle en ellipse, m’invita d’une manière qui ne souffrait d’aucun refus. D’autant que, avec une déception certaine, l’implacable scénographie la fit aussitôt disparaître de l’autre côté de la troupe, me livrant pour toute cavalière tour-à-tour la doyenne de l’assemblée, puis la plus fraîchement née, qui pour trois petits pas vers la gauche, qui pour une révérence avant de s’échapper.

Je suis certainement de caractère un peu « figé ». C’est justement là que c’est intéressant.

Tout s’effondre. Je me sens parfaitement bien avec cette musique à gros sabot issue des entrailles du folklore que je martèle de mes pas à l’unisson. Je commence moi aussi à arborer ce sourire que j’observais quelques instants auparavant. Je ne dois plus me poser la question du pourquoi, j’en deviens l’acteur, dansant jusqu’à l’apothéose de l’ultime ballet qui nous laisse bras ballants avec la mine réjouie.

C’était quoi ce truc ? Qu’est-ce qui s’est passé ? J’ai dansé, touché, rencontré des regards de gens que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam, avec la sensation à présent de les connaître tous, de cette enfant à cet homme particulièrement gauche avec qui j’aurai beaucoup ri de nos maladresses.

Hum. Oserai-je un mot si vieilli qu’il en est relégué aux oubliettes des bon-dieuseries ?

Je crois que nous avons communié, à savoir, étymologiquement, donné ensembles. C’est un autre mode de communication, en somme. Je ne regarde pas l’autre à travers ses vêtements ou son comportement, pas non plus au travers de ses mots, je le rencontre par un rite dans lequel chacun se pose autrement, au-delà de lui-même. Et si la comparaison ne souffrait pas de la distance, je dirais que je ne n’avais jamais connu ce phénomène que dans la rencontre amoureuse : les corps dans un rapport consensuel donnent l’impression qu’ils peuvent exprimer ce que le mot ne pourrait prétendre faire.

Pourtant on retrouve cette communion dans tous les rites, ceux d’ordre religion – bien sûr – mais aussi dans les carnavals ou les arts martiaux où le « combat » permet de voir l’autre autrement, ou encore à travers ces danses des tribus dites primitives lorsque, maquillés et parés de ce qu’ils considèrent comme leurs plus beaux atours, ils célèbrent leurs origines.

Il m’en aura fallu du temps pour comprendre toute la portée de ces traditions que je rejetais volontiers en les considérant, de l’extérieur, comme un petit peu ridicules. C’est peut-être en quelque sorte le ciment d’une cohésion sociale. Celui qui, dans cette période dite d’insécurité, nous fait tant défaut.

Par cette expérience, je commence à comprendre aussi la raison de ces ballets – d’apparence tout aussi naïve – de l’expression de la joie, de l’être ensembles, etc. que l’on peut observer dans bien des stages de bien-être de la personne, de communication non-violente ou de recherche spirituelle.

Toujours est-il est que, le lendemain, j’ai la sensation que l’ambiance avait changé, entre nous mais aussi dans nos rapports avec la communauté qui nous recevait. En trente-six heures, c’est comme si nous nous étions tous mutuellement acceptés.

J’étais assis, profitant d’un soleil généreux, dans un petit coin de végétation relativement sauvage. Soudain j’entends un chant d’oiseau fort délicat, varié et agréable à l’oreille.

Je ne reconnus pas le chant immédiatement, pas à coup sûr.

Scrutant les branchages bourgeonnants, je vis à quelques mètres de moi un petit chardonneret élégant. Un oiseau qui non content d’être effectivement fort beau, distille un doux babil se mariant, pour l’heure, fort bien avec le chant du ruisseau.

Le chardonneret élégant fut il y a quelques années en Belgique le symbole de la disparition ou de la forte diminution de la population de nombreuses espèces d’oiseaux.

Outre la disparition des biotopes, ce dernier était également victime de la tenderie qui fut autorisée en Belgique jusqu’en 1993. Les interventions conjointes, cette interdictions ainsi que diverses mesures en matière de protection des biotopes ont permis à la population de remonter quelque peu… et de m’offrir cet agréable moment d’écoute et d’observation.

A y réfléchir, je ne pense pas que ce soit tant le tendeur qui fut à incriminer: lui, complètement insensible tente de gagner sa vie ou de mettre du beurre dans les épinards ; de façon douteuse, en tous les cas à mon sens.

C’est l’acheteur qui était en cause. Lui, plutôt que d’aller à la rencontre de ce type de moment, se soumettre au hasard, certes, mais aussi à toute la beauté qu’il y a à s’y « disposer », il voulait le posséder, l’avoir à sa merci pour le regarder, l’exhiber et l’entendre quand il le voulait.

Outre le fait que, le rendant propriété privée, il soustrayait l’oiseau aux autres observateurs potentiels (ainsi qu’à lui-même!), cet acheteur ne se rendait certainement pas compte qu’il se dépossédait de l’accès à la nature en enfermant l’oiseau.

Il rentrait dans la peur de ne pas en disposer tout-le-temps.

Il n’est pas impossible que ce désir de possession qui semble inné chez sapiens, soit issu de cette peur animale, coincée dans le bulbe rachidien, notre cerveau reptilien, de manquer de quelque chose.

Résolument, l’humain ne veut plus se fier au hasard : il veut maîtriser les éléments. Et si c’est tout-à-fait compréhensible pour les besoins vitaux, voire nombreux conforts de vie, n’écouter que cette peur engendre de nombreuses dérives. Comme celle de soustraire fort égoïstement, par seul pouvoir financier, une existence d’oiseau à un ensemble naturel commun à tous, mais aussi, allant plus avant, manquer par là le but de la vie elle-même ainsi que sa réalisation personnelle. Se soumettre à cette peur du manque enchaîne l’humain à une bien futile destinée : l’accumulation des richesses.

Un ami me rappelait il y a quelques mois ce passage de la bible :

« 25C’est pourquoi je vous dis: Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? 26Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux? »1

Je n’invente rien bien sûr, je ne fais que regarder un héritage culturel, un fragment de notre inconscient collectif, selon un certain angle.

Sans être moi-même fort adepte des religions temporelles, force est de constater que malgré d’innombrables lectures de ce passage (et de bien d’autres), d’un credo répété à l’envie par des millions de personnes, ce n’est point sur ces fondations que nos civilisations ont évolué ! A commencer par l’Église ; oups…

Nous ne sommes pas sans savoir que la cupidité, si fréquente chez sapiens, développe chez celui qui en souffre une énergie folle et dangereuse destinée à l’obtention aveugle de son désir.

Quand on parle d’argent, cette cupidité a été à mon sens et de façon totalement fallacieuse, élevée à mains égards en vertu. Et quand Albert Jacquard raconte que « nous sommes en train de sélectionner les gens les plus dangereux »2, il ne dit pas autre chose.

La peur ancestrale qui ôte à l’homme toute sa grandeur et sa capacité d’évolution -figeant toutes autres actions-, alliée à la cupidité, a ouvert la porte à un règne que j’aimerais personnellement voir immédiatement cesser : hissant au sommet de la pyramide de l’évolution et du pouvoir les êtres humains les moins aboutis de la planète, dans le sens de la réalisation personnelle (lutter contre la peur) comme spirituelle (se sauver de la cupidité).

Pourtant nos sociétés occidentales n’ont cessé – plus encore depuis le XVème siècle – d’encenser et d’offrir mérite et réputation à ceux qui choisissaient la voie de l’argent, entraînant dans leurs volutes nauséabondes bons nombres de manants serviles à qui l’on promet vie meilleure.

Une vie meilleure ? Hm hm ?

1La bible : Matthieu 6

2Albert Jacquard 1994 Noms de dieux Émission complète: https://www.youtube.

 

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Une réflexion au sujet de « Des nouvelles du livre… »

  1. Josine Hocepied

    Cher Roch, C’est à cette heure tardive que je lis « les nouvelles du livre… »,c’est très bon! J’espère que tu as envoyé ce nouvel article à plein de personnes, ou alors uniquement à lire sur ton site des ´Sauvages’. Ces nouvelles intéresseraient certainement ceux et celles qui ont lu ta publication de poèmes. Lancé sur cette veine porteuse et de transmission Écris, encore … ´publication’ imminente. A très bientôt la suite de commentaires que je voudrais faire paraître sur ton site .

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