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Des nouvelles du livre…

Je ne sais pas si certains se posent la question : alors oui, ça en est où « Trente jours chez les Sauvages » ? C’est bien beau de faire un site et une page facebook, mais il faut communiquer !

Alors le livre se porte bien. L’hiver fut naturellement plus propice à la rédaction qu’aux voyages. Mon dernier datant du mois d’octobre avec cette belle expérience de la participation à la « marche des bâtons » à Notre-Dame-Des-Landes.

Bon, les délais que j’avais tenté de m’imposer, avec une petite moue entendue, sont naturellement complètement explosés. Les bornes elle-mêmes, pas la thématique, mais bien la façon de relater le sujet, ont, elles aussi, changé.

Je parlais au départ d’un essai-reportage. Le problème avec un essai c’est qu’il faut faire semblant d’être intelligent, cultivé, voire novateur. Responsabilité dont, pour chaque qualificatif, je me permets de me libérer avec autant de réalisme que de haussements d’épaules.

Le terme reportage, lui, demande une approche fidèle aux propos, aux rencontres : on donne la parole aux personnes rencontrées. Hélas je me sens plus romancier que journaliste, m’offrant plus de ressentis et d’enluminures des événements que le terme « reportage » ne m’en eût autorisé.

Le projet a donc été rebaptisé en « récit ». Oh j’ai été voir dans les sources académiques, la définition ne correspond pas encore tout-à-fait à l’écrit mais au moins cela me libère de la nécessité d’être un intellectuel censé, ainsi que de celle d’être objectif.

Je vous présente deux extraits – bruts de cuve n’est-ce pas ! L’un exploitant plus la veine du récit « romancé », l’autre qui marque ponctuellement l’ouvrage de malheureuses tentatives à comprendre et interpréter ce monde mais qui, noyées dans l’humour, le récit et une certaine légèreté d’auto-dérision, aboutira – j’ose l’espérer – à ce que je veux faire passer.

Kenavo !

Cette ambiance de plaisir simple rappelle à mon souvenir cet autre moment fort récent que j’espérais pouvoir éviter de raconter tant il est étranger à ma culture de la quête du divertissement mais qui, lui aussi, par surprise, me prenant de court, m’avait plongé dans un état un peu béa.

Me renseignant sur les lieux dans lequel se déroulait le séminaire, j’avais lu qu’outre l’office quotidien, les habitants de l’Arche pratiquaient volontiers la danse. Il ne m’était point difficile d’imaginer de quel type de danse il pouvait s’agir et, par avance, je me demandai ce que je pourrais bien faire ce soir là pour m’occuper autrement.

Cela se passait dans la grande salle aux tréfonds de l’abbaye. La curiosité me guettant, je postposai la remise au propre de mes notes, j’abandonnai l’espoir d’une éventuelle conversation avec un hérétique qui, comme moi, eût été rebelle à ces drôles de farandoles puisque presque tout-le-monde était en bas.

A ma décharge, cela ne me prit pas tout de suite, n’est-ce pas ! Je me posai d’abord uniquement comme observateur… Il ne faut pas perdre de vue non plus que nous ne bénéficions d’aucun désinhibiteur, hum. Nous sommes là, tels que nous sommes, dans une lumière si pas crue au moins fort généreuse, et rien des mimiques des danseurs ne pourra passer inaperçu.

Je m’installe donc un peu en retrait pour tenter de comprendre le moteur qui anime la petite centaine de personnes à entrer dans ce ballet parfaitement orchestré d’une chaîne qui se rompt soudain pour faire virevolter des couples aussitôt dissolus par la phase suivante.

Je le vois bien, toutes ces personnes ont un sourire jusqu’aux oreilles : de la petite fille de quatre ans habitante des lieux jusqu’au retraité un peu guindé participant au séminaire ! Tous se laissent guider par cette Hollandaise qui ne déroge pas à l’image que nous avons des puissants peuples du nord qui, de sa voix forte, surmonte la musique oublieuse de Led Zepelin ou de Rachmaninov, pour inviter les danseurs néophytes à entrer dans la géométrie variable d’un kaléidoscope de corps parfaitement arrêtée.

Je n’irai pas jusqu’à dire que je suis brutalement passé du statut d’observateur discret à celui de danseur grâce au sourire et aux atouts physiques fort engageants de celle qui, déformant le cercle en ellipse, m’invita d’une manière qui ne souffrait d’aucun refus. D’autant que, avec une déception certaine, l’implacable scénographie la fit aussitôt disparaître de l’autre côté de la troupe, me livrant pour toute cavalière tour-à-tour la doyenne de l’assemblée, puis la plus fraîchement née, qui pour trois petits pas vers la gauche, qui pour une révérence avant de s’échapper.

Je suis certainement de caractère un peu « figé ». C’est justement là que c’est intéressant.

Tout s’effondre. Je me sens parfaitement bien avec cette musique à gros sabot issue des entrailles du folklore que je martèle de mes pas à l’unisson. Je commence moi aussi à arborer ce sourire que j’observais quelques instants auparavant. Je ne dois plus me poser la question du pourquoi, j’en deviens l’acteur, dansant jusqu’à l’apothéose de l’ultime ballet qui nous laisse bras ballants avec la mine réjouie.

C’était quoi ce truc ? Qu’est-ce qui s’est passé ? J’ai dansé, touché, rencontré des regards de gens que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam, avec la sensation à présent de les connaître tous, de cette enfant à cet homme particulièrement gauche avec qui j’aurai beaucoup ri de nos maladresses.

Hum. Oserai-je un mot si vieilli qu’il en est relégué aux oubliettes des bon-dieuseries ?

Je crois que nous avons communié, à savoir, étymologiquement, donné ensembles. C’est un autre mode de communication, en somme. Je ne regarde pas l’autre à travers ses vêtements ou son comportement, pas non plus au travers de ses mots, je le rencontre par un rite dans lequel chacun se pose autrement, au-delà de lui-même. Et si la comparaison ne souffrait pas de la distance, je dirais que je ne n’avais jamais connu ce phénomène que dans la rencontre amoureuse : les corps dans un rapport consensuel donnent l’impression qu’ils peuvent exprimer ce que le mot ne pourrait prétendre faire.

Pourtant on retrouve cette communion dans tous les rites, ceux d’ordre religion – bien sûr – mais aussi dans les carnavals ou les arts martiaux où le « combat » permet de voir l’autre autrement, ou encore à travers ces danses des tribus dites primitives lorsque, maquillés et parés de ce qu’ils considèrent comme leurs plus beaux atours, ils célèbrent leurs origines.

Il m’en aura fallu du temps pour comprendre toute la portée de ces traditions que je rejetais volontiers en les considérant, de l’extérieur, comme un petit peu ridicules. C’est peut-être en quelque sorte le ciment d’une cohésion sociale. Celui qui, dans cette période dite d’insécurité, nous fait tant défaut.

Par cette expérience, je commence à comprendre aussi la raison de ces ballets – d’apparence tout aussi naïve – de l’expression de la joie, de l’être ensembles, etc. que l’on peut observer dans bien des stages de bien-être de la personne, de communication non-violente ou de recherche spirituelle.

Toujours est-il est que, le lendemain, j’ai la sensation que l’ambiance avait changé, entre nous mais aussi dans nos rapports avec la communauté qui nous recevait. En trente-six heures, c’est comme si nous nous étions tous mutuellement acceptés.

J’étais assis, profitant d’un soleil généreux, dans un petit coin de végétation relativement sauvage. Soudain j’entends un chant d’oiseau fort délicat, varié et agréable à l’oreille.

Je ne reconnus pas le chant immédiatement, pas à coup sûr.

Scrutant les branchages bourgeonnants, je vis à quelques mètres de moi un petit chardonneret élégant. Un oiseau qui non content d’être effectivement fort beau, distille un doux babil se mariant, pour l’heure, fort bien avec le chant du ruisseau.

Le chardonneret élégant fut il y a quelques années en Belgique le symbole de la disparition ou de la forte diminution de la population de nombreuses espèces d’oiseaux.

Outre la disparition des biotopes, ce dernier était également victime de la tenderie qui fut autorisée en Belgique jusqu’en 1993. Les interventions conjointes, cette interdictions ainsi que diverses mesures en matière de protection des biotopes ont permis à la population de remonter quelque peu… et de m’offrir cet agréable moment d’écoute et d’observation.

A y réfléchir, je ne pense pas que ce soit tant le tendeur qui fut à incriminer: lui, complètement insensible tente de gagner sa vie ou de mettre du beurre dans les épinards ; de façon douteuse, en tous les cas à mon sens.

C’est l’acheteur qui était en cause. Lui, plutôt que d’aller à la rencontre de ce type de moment, se soumettre au hasard, certes, mais aussi à toute la beauté qu’il y a à s’y « disposer », il voulait le posséder, l’avoir à sa merci pour le regarder, l’exhiber et l’entendre quand il le voulait.

Outre le fait que, le rendant propriété privée, il soustrayait l’oiseau aux autres observateurs potentiels (ainsi qu’à lui-même!), cet acheteur ne se rendait certainement pas compte qu’il se dépossédait de l’accès à la nature en enfermant l’oiseau.

Il rentrait dans la peur de ne pas en disposer tout-le-temps.

Il n’est pas impossible que ce désir de possession qui semble inné chez sapiens, soit issu de cette peur animale, coincée dans le bulbe rachidien, notre cerveau reptilien, de manquer de quelque chose.

Résolument, l’humain ne veut plus se fier au hasard : il veut maîtriser les éléments. Et si c’est tout-à-fait compréhensible pour les besoins vitaux, voire nombreux conforts de vie, n’écouter que cette peur engendre de nombreuses dérives. Comme celle de soustraire fort égoïstement, par seul pouvoir financier, une existence d’oiseau à un ensemble naturel commun à tous, mais aussi, allant plus avant, manquer par là le but de la vie elle-même ainsi que sa réalisation personnelle. Se soumettre à cette peur du manque enchaîne l’humain à une bien futile destinée : l’accumulation des richesses.

Un ami me rappelait il y a quelques mois ce passage de la bible :

« 25C’est pourquoi je vous dis: Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? 26Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux? »1

Je n’invente rien bien sûr, je ne fais que regarder un héritage culturel, un fragment de notre inconscient collectif, selon un certain angle.

Sans être moi-même fort adepte des religions temporelles, force est de constater que malgré d’innombrables lectures de ce passage (et de bien d’autres), d’un credo répété à l’envie par des millions de personnes, ce n’est point sur ces fondations que nos civilisations ont évolué ! A commencer par l’Église ; oups…

Nous ne sommes pas sans savoir que la cupidité, si fréquente chez sapiens, développe chez celui qui en souffre une énergie folle et dangereuse destinée à l’obtention aveugle de son désir.

Quand on parle d’argent, cette cupidité a été à mon sens et de façon totalement fallacieuse, élevée à mains égards en vertu. Et quand Albert Jacquard raconte que « nous sommes en train de sélectionner les gens les plus dangereux »2, il ne dit pas autre chose.

La peur ancestrale qui ôte à l’homme toute sa grandeur et sa capacité d’évolution -figeant toutes autres actions-, alliée à la cupidité, a ouvert la porte à un règne que j’aimerais personnellement voir immédiatement cesser : hissant au sommet de la pyramide de l’évolution et du pouvoir les êtres humains les moins aboutis de la planète, dans le sens de la réalisation personnelle (lutter contre la peur) comme spirituelle (se sauver de la cupidité).

Pourtant nos sociétés occidentales n’ont cessé – plus encore depuis le XVème siècle – d’encenser et d’offrir mérite et réputation à ceux qui choisissaient la voie de l’argent, entraînant dans leurs volutes nauséabondes bons nombres de manants serviles à qui l’on promet vie meilleure.

Une vie meilleure ? Hm hm ?

1La bible : Matthieu 6

2Albert Jacquard 1994 Noms de dieux Émission complète: https://www.youtube.

 

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Violences autour de l’hôpital

Je préfère -après-coup- supprimer l’article initial. Les thèmes tels que les activistes, les violences policières, les différentes formes de révolution ou la lutte contre le capitalisme et le néo-libéralisme, sont trop sensibles pour être abordés frontalement dans un bref article.

Le livre, lui, me permettra d’y apporter toute la nuance voulue, mais aussi toute la passion ressentie lors de mes rencontres et lectures personnelles.

Ces sujets peuvent, de prime abord, sembler un rien éloignés de mes « Sauvages » qui, comme tout le monde le sait, courent avec des pagnes au milieu des herbes folles et des éoliennes faites-maison en poussant de drôles de chants assimilables à une forme de méditation, et ne font dès lors -a priori- pas fort peur aux gouvernements et autres groupes financiers nous couvrant de leurs bienfaits quotidien.

Mais, comme évoqué dans le dernier article, il y a ceux qui vivent à côté mais avec : « révolutionnaires » principalement par leur façon de vivre et de penser ; puis il y a ceux qui vivent à côté mais contre ! Et ceux-là apparaissent comme beaucoup plus dérangeants pour nos grands « protecteurs d’idées »…

« 30 jours chez les Sauvages » ne sera pas qu’une ballade au cœur de la diversité humaine et sociale façon « Julie et la nouvelle Héloïse » : ça va péter, ça va fumer.

Les alternatifs, -de quelques familles qu’ils soient- viennent questionner les systèmes en place et les idées acquises, rejoignant mon sentiment selon lequel aucun renouveau n’est possible sans inviter tout-un-chacun à reprendre possession de sa propre pensée. Et pour cela il faut un peu secouer. Mais plus dans cet article : rendez-vous dans le livre !

Roch H

Le diable ne meurt jamais seul

diavoloJe relis mes premiers articles et mes premières notes sur les « Sauvages » avec une certaine tendresse. Me rendant compte -a posteriori- que ce qui m’avait le plus marqué lors de mes premiers pas dans ce milieu, ce n’était pas tant l’habitat « différent », l’autonomie ou l’organisation de la vie en collectif, mais bien le choix de remettre en avant certaines valeurs de base : la quête humaine de soi, le questionnement de certaines formes de spiritualité, l’art de la rencontre de l’autre, l’ouverture, la curiosité, et caetera ; bref, autant de débuts de réponses à cette civilisation esseulée et sentant le souffre d’avoir posé comme ultime but de chaque vie des objectifs qui, de là, apparaissent comme vides de sens. Des épures ouvrant dès lors, par une révolution intérieure appliquée au mode de vie, à bien d’autres possibles.

J’étais en effet entré dans le vif du sujet principalement par la grande porte dorée et accueillante du « monde » de Pierre Rabhi et de sa bienveillance. On y est bien dans ce monde ! Aussi attirant que les sirènes des marins que l’on se demande -à entendre si gracieuse mélodie- pourquoi il fallut tout ce temps avant de se laisser séduire…

Somme toute, cet homme (comme bien d’autres moins médiatisés) n’a jamais fait que glisser ses valeurs de vie, refusant le modèle qu’on lui proposait pour prendre le « risque » de ne point être travailleur en milieu urbain toute sa vie avec, pour unique refuge, un cloaque secoué par le bruit de la modernité.

Sa vie ne fut certainement pas plus reposante pour autant, mais elle a ouvert le champs de ces possibles en matière de sagesse, d’amour de soi, de l’autre et de la vie, et fut certainement plus « fournie » que celle à laquelle il semblait destiné.

Je me rends compte que pour beaucoup de mes contemporains, dès que l’on tente d’aborder le sujet de l’Amour entre les Hommes, de l’équilibre intérieur et de toutes les techniques qui sont utilisées pour y arriver, l’on risque de se faire coller sur la tête -moue condescendante appuyée- l’étiquette de bisounours avec, en sus, la plus ferme des invitations à redescendre dans le monde réel…

(Au même titre que l’on jettera dans le panier des complotistes toute personne remettant en doute des versions officielles de la lecture des événements voire de l’histoire).

J’ai pu l’entendre et le ressentir.

Et s’il y a effectivement des maladresses un peu naïves ou des extrêmes un peu dérangeantes, il n’en reste pas moins que je suis persuadé que cette recherche humaine-là importe certainement plus que la plupart de celles qui agitent mes semblables.

Grande porte, disais-je, que sont ces oasis et ces collectifs assimilables (si l’on devait absolument vouloir les catégoriser) : ils constituent une famille d’alternatifs vaste, terriblement attachante et j’avais déjà là de quoi remplir un livre rien que par les deux premiers voyages.

Et moi qui pensais au départ principalement traiter de maraîchage agro-écologique, de yourtes, d’éoliennes et de l’éventuelle qualité de vie pouvant y être associé, je fus surtout immédiatement plongé dans l’aventure humaine, dans ce qu’il a de plus profond !

Je n’avais pourtant pas envie de limiter ma découverte à ces « envoûtants » uniquement.

Tout m’invitait à également m’ouvrir à ces collectifs et groupes de vie ne prétendant pas nécessairement à une philosophie « inscrite » sous-jacente, mais aussi à tous ceux qui, par leur mode de vie et de pensée, seront directement ou non qualifiables -à mes yeux ravis- de Sauvages.

C’est dans cette direction, dès lors, que pour mon troisième voyage j’ai été vivre : anarchistes, activistes, punks, artistes, « gratteurs » ou simples individus rassemblés pour qui la contestation a pris incarnation ; ne fut-ce que par la façon de vivre, se nourrir, chanter, casser parfois, se faire enfumer, construire, créer, pour rien ou pour des idées, pour le beau ou juste pour être…

Même si mon esprit curieux pensait déjà avoir tâté pas mal de choses, je me suis rendu compte que, de n’aller voir plus loin, j’aurais pris le risque d’être l’identique de ce fonctionnaire qui dessine de grandes réformes sans rien connaître du terrain ! Je suis tombé dans un monde que je ne croyais pas exister ; dont nous voyons bien souvent l’émergence pourtant, mais que pour ma part je n’avais jamais côtoyé aussi profondément.

Je reviens avec cette sensation encore attisée que tout est mouvement et que sa forme est multiple, que cela a toujours été comme cela, bien sûr, mais à l’échelle de ma durée de vie, cela a été une sensation vertigineuse : l’on m’avait pourtant toujours dit que ce je vivais était l’étalon, la référence incontournable, que cela était juste et bon. Et d’y voir la violence que l’on y met pour tenter d’en convaincre tout le monde, en fait, j’aurais dû me méfier !

Calme toi m’chou, calme toi. Ne tente pas de tout dire en une fois, ce n’est pas possible. Tu auras le temps, tu prendras le temps : tu bloqueras de ta main les factures absurdes et tu rentreras dans cet espace en dehors du temps qui te permettra de dire, de raconter paisiblement. Mords dans cet espoir: ton histoire apportera sans doute quelque chose à une personne au moins, et alors tu auras gagné le salaire de tes efforts.

Je reviens de ce troisième voyage plus remonté que jamais (comme un coucou de Malines qui aurait placé ses sous en Suisse). Avec l’impression que d’autres partagent ma sensibilité. J’ai le sentiment exacerbé que c’est de la multitude de ces « existences » neuves ou anciennes que peut venir une bouffée d’oxygène, voire le renouveau total de notre société asphyxiée.

Mes Sauvages représentent pour moi le levier critique, le déséquilibre nécessaire, le questionnement primordial d’un consensus lissé de la pensée. Et finalement la base de l’expression de cette liberté de vivre et de chercher.

J’y vois aussi un énorme laboratoire vivant -genre recherche grandeur réelle- qui permettrait de trouver une alternative à cette vaste blague que sont nos soit-disant démocraties percées du cérumen d’une pré-adolescence. Pour faire vivre ces milliards de personnes avec le droit de tenter de vivre, non pas avec un minimum de dignité -comme ils disent hypocritement- mais avec une grandeur et une beauté humaine qui, normalement, pourrait se suffire à elle-même.

Désolé : je resterai idéaliste jusqu’à la fin ; car là où j’ai été, dans tous ces milieux, si différents soient-ils, même si tout n’est pas rose et facile -loin s’en faut- c’est cette confiance en l’intérêt de se battre pour plus d’amour, de paix et d’humanité qui crée le point commun. Et là où certains passent leur vie à jouer une pièce dont ils ne connaissent même pas le titre, là où d’autres prennent le risque de foutre en l’air la parenthèse humaine avec un égoïsme crasse qui semble ne même plus inclure leurs enfants, eux accordent à l’évidence du mystère de la vie tout leur souffle, sans doute jusqu’au dernier…

« Demain », le film

J’ai finalement été voir le reportage .

demain

Dans le cadre de la rédaction de mon ouvrage sur les modes de vie alternatifs, cela me semblait tout de même opportun d’aller voir de quoi il s’agissait !

Le synopsis est ambitieux : les réalisateurs parcourent le monde pour voir comment certaines personnes, certaines entreprises, certaines villes ou états abordent les problématiques sociales, économiques, écologiques et humaines de notre époque.

Nous sommes loin des reportages « Al Goresques » qui exploitent à l’envie la fibre de la peur et du catastrophisme pour éveiller les consciences : ça c’est fait. On a aujourd’hui les sceptiques d’un côté et, de l’autre, ceux qui comptent encore vivre sur cette planète l’expérience humaine. C’est comme si tout cela était acquis. Et plutôt que de retaper sur le même clou, tout en rappelant les problématiques, le film s’attarde surtout sur les réalisations, sur ce qui est fait ou est en train de se faire. Ce n’est pas du tout un reportage écolo-bobo. D’ailleurs, si l’écologie est perpétuellement en trame de fond, le scénario va beaucoup plus loin en liant avec intelligence les thèmes de l’économie, de l’argent, de l’enseignement ou de la politique. Montrant (comme je l’ai évoqué dans le billet de l’engrenage) qu’il est impossible de prendre les choses de façon strictement séparées : notre organisation humaine forme un tout.

C’est presque froid comme film. On ne tire pas la larme au spectateur (tirer l’alarme c’est déjà fait!). Il ne joue pas sur les cordes de la sensibilité si ce n’est celle de l’espoir.

Et là on ne peut que les féliciter. Ça fait mouche, du coup. Personne n’est vraiment brusqué ou culpabilisé, mais plutôt ragaillardi !

A recommander donc. Même aux sceptiques, aux anti-écologie, aux capitalistes, à tous ceux qui ont peur de changer leurs petites habitudes, à ceux qui confondent changement d’habitude et retour à l’âge des cavernes, bref, même eux risquent d’être touchés ici ou là par la façon d’aborder les enjeux de ce siècle. Et même si celui qui suit le fil d’actualité parallèle aux grands média est déjà sensible à cette façon d’aborder les sujets, il se sentira moins seul de constater le succès de ce reportage.

Les générations se remplacent. Et j’ai l’impression d’en mesurer toute la différence dans ce film : c’est une analyse lucide, concrète, sans apitoiement. Du genre : tu veux vivre ? Alors écoute ça. Arrête de ressasser et agis dans ce sens là.

C’est cette génération là qui se met en branle. Une génération soit dans l’endormissement des esprits (des moutons dociles il y en aura toujours), soit dans la critique. Et ceux qui critiquent, qui organisent les manifestations, les indignations, ceux là, sont un régal et un futur… car ils font vivre le projet des rares visionnaires « d’antan ».

Petit poème en prose

Je dépose donc ici différents matériaux liés, directement ou indirectement, à l’élaboration du livre.

Suit ici un poème en prose traitant, au final, du poids de l’héritage culturel ainsi que de la fatalité -ou pas- qui découle de son acceptation…

« 45 ans, c’est l’âge où tu commences à être fort, non ?

A mi course entre la naïveté et la connaissance, à mi-course entre la jouissance et la sagesse qui dit « on se calme, on se calme »

C’est l’âge où normalement on comprend le vieux qui te disais « rentres pas trop tard, mets ton bonnet, ça mène à quoi la philo? », alors que toi tu voulais juste connaître la nuit, le froid et les libertés.

45 ans c’est l’âge où on chiale plus, où on est en plein dans sa vie, qu’on la vit à plein, en route comme les trains.

A 45 ans tu es positionné, tu es le wagon de ta propre locomotive : ah bah, non non, ne va plus changer le dessein.

Ah oui ?

A 45 ans tu sculptes le monde entre tes mains : c’est toi qui deviens responsable de ce qui est devant toi. Et plus le vieux qui te disais de faire comme ceci ou comme cela, tu peux le prier ou lui cracher à la gueule, comme tu veux, mais lui il s’en va, te laissant sur le tas tout ce qu’il a fait là.

bretagne 101

Moi je regarde ce monde sur mes bras, comme je regarderais les marées indifférentes aux rochers, mes amours ou les écueils rencontrés: ce n’est même pas du découragement.

Juste ce dépit ; « hm c’est donc à mon tour ? » lors que je me sens, par rapport à tout ça, encore aussi sot, aussi fou qu’à 18 ans et que je ne comprends toujours pas où l’on va.

Ce monde a tenté de m’apprendre à juger, évoluer, grandir, bannir, m’enrichir, me faire gagner, tentant de tuer années après années ma sensibilité, ma tendresse, ma naïveté, ma spiritualité, riant presque de mes larmes lors que je vois mille raisons de les faire couler.

Alors vous savez quoi ? Moi, mes 45 années, je ne les fêterai sûrement pas demain.

Et je garde donc mes 18 ans frondeurs: oh ! Mais soyez rassurés, on n’y verra, presque, rien…

Roch H »

Ô solitude?

DSCF2689J’ai rencontré Riccardo Petrella il y a longtemps, dans le cadre de mes études. Il travaillait sur un projet au sein de la commission européenne.

Je me remémore surtout de cette sensation au sortir de l’entretien : je ne me souvenais plus très bien pourquoi (ou pour quoi) j’étais venu. Un petit peu comme avec les philosophes, vous savez: Quand ils vous répondent, vous ne comprenez plus votre question.

Alors quand je lis ce petit extrait, cela ne m’étonne pas trop qu’à l’époque -malgré toute ma gourmandise à tenter d’appréhender le monde- j’avais eu du mal à comprendre tout ce qu’il tentait de faire passer: ce Monsieur dispose d’une conscience de notre réalité fort exacerbée !

« Nous sommes dans une phase délicate, la conscience de l’humanité n’est pas assez développée pour qu’elle se traduise en vision politique autour de questions qui intéressent les gens. On n’a pas encore cette conscience de l’humanité comme on a eu celle de Dieu, de la nation ou de l’argent. »1

La conscience de l’humanité !

Moi cela me replonge en 2000 : vous vous souvenez… « le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas ». Une phrase naïve qui exprimait déjà toute la détresse d’une civilisation. Et où l’on peut aisément remplacer le mot spiritualité par humanité, dans l’acception de « l’homme qui cherche un sens à sa réalisation personnelle et collective. »

C’est ce qui m’aura le plus étonné, lors de mes premières « immersions » auprès des Sauvages, c’est leur humanité.  Le regard qu’ils posent sur eux et sur les autres semble s’établir sur de tout autres critères que ceux que l’on m’a appris.  S’en découle un art de l’accueil et de la rencontre qui n’a plus rien à voir avec le formatage du contemporain!

Des rencontres immédiatement plus sincères, comme dégagées des peurs ancestrales qui permet, dès lors, de tout de suite toucher l’autre… et qui affranchit de la peur de se faire toucher, offrant la profondeur qui n’est pas nécessairement celle d’une réflexion, dépassant la raison, pour tout de suite vivre le « être ensembles »

L’humanité, en fait, rien que cela, rien de spécial.

Alors quand j’entends un Monsieur de cette génération s’exprimer comme Riccardo Petrella, quand j’entends de nombreux penseurs libres, philosophes, sociologues, ethnologues, politologues, etc., commencer à marteler l’urgence de la découverte de nouvelles valeurs -ou ancestrales…- se recentrant sur le respect de l’humain, je me rends compte que le choix de vie de mes Sauvages n’est pas du tout en marge de la société : ils sont peut-être juste en marche un peu plus rapidement que les autres…

Et qu’ils ne sont donc pas si seuls.

Roch Hocepied

1Interview parue dans Alter échos à propos du livre :  Riccardo Petrella, Au nom de l’humanité – L’audace mondiale, Couleurs livres.

L’engrenage

J’ai trouvé succulente l’anecdote que me rapportait Marc Van Damme.

Marc Van Damme, j’aurai encore l’occasion d’en parler : vivant avec sa compagne en république Tchèque dans une roulotte, visant l’autonomie la plus grande possible, il représente pour moi un excellent sujet, parfaitement emblématique du « Sauvage » que je poursuis actuellement de ma plume ! (Quand j’utilise le terme « Sauvage », c’est toujours avec ironie, respect et tendresse : entendons-nous bien…)

Il était à Bruxelles dans le cadre d’un reportage qui a été tourné à leur sujet, assistant à diverses projections du film, suivies de débats.

Un spectateur que je nommerai Jean-Paul lui posait une question en fin de séance. Pourquoi Jean-Paul ? Parce que justement, Jean-Paul ça peut être tout le monde ; et dans ma petite histoire, c’est très important.

Jean-Paul : « Mais monsieur Van Damme, si je comprends bien, avant, vous habitiez une maison, vous aviez un travail ?

Marc : « Oui, oui absolument »

Jean-Paul, qui commence à pâlir : « Et vous aviez une voiture aussi ? »

Marc : « oui, oui, aussi »

On sent l’inquiétude monter chez Jean-Paul : « Vous aviez donc une vie tout-à-fait normale, comme moi ?! »

Marc : « C’est bien ça, oui »

Jean-Paul n’assumant plus que difficilement le choc de sa conclusion : « Mais alors, ça peut arriver à n’importe qui !? »

C’est truculent : ce truc, ce ça, peut arriver à tout le monde. Personne n’est à l’abri d’un changement radical de mode de vie.

Et c’est donc tout naturellement que la cause devint un thème qui m’interpella.

Qu’est-ce qui fait basculer les gens dans leur nouvelle vie ?

Ce que j’ai pu souvent entendre et observer jusqu’ici, c’est tout d’abord le phénomène de l’engrenage.

Si je m’intéresse à ma santé, je m’intéresse à mon alimentation. Si je m’intéresse à mon alimentation, j’aurai tendance à me tourner vers des aliments bio. Si je me tourne vers le bio, il n’est pas du tout impossible que je commence à devenir perméable à l’agro-écologie. L’agro-écologie est-elle capable de subvenir aux besoins de toute la planète si déjà l’agriculture industrielle n’y parvient pas ? Oui mais la faim dans le monde est-elle imputable au système d’exploitation agricole ou bien au système économique qui « distribue » le blé récolté ?

Et je me prends en pleine tronche ces milliers d’enfants qui crèvent de faim à quelques heures en avion de chez moi !!!

Je suis obligé de constater qu’avant la question du blé empoisonné par les pesticides ou non, c’est le système capitaliste qui tue ces enfants que je dois analyser : du blé il y en a assez, on en fait de l’essence.

Mais le système capitaliste, c’est qui, c’est quoi : mais c’est moi, c’est moi aussi. Et quand j’achète un ordinateur, devenu indispensable pour que vous puissiez un jour lire ces mots, je co-participe à l’exploitation minière du coltan (par exemple) et donc aux problèmes écologiques et géopolitiques de la région.

Je lui raconte quoi moi, à mon cerveau ? Je m’inquiétais juste pour ma santé et donc de mon alimentation !

En plus ce n’est qu’une des nombreuses portes d’entrée ; on peut aller se coincer le doigt partout dans ce système d’engrenage : l’éducation, la violence dans la rue, le climat, la presse mainstream, l’exportation honteuse et parfaitement inadmissible de l’Orval, etc.

Il arrive un moment où à force de brasser ces idées entremêlées, le monde devient trop inadéquat pour pouvoir vivre en toute conscience sa pensée : l’on doit commencer à faire beaucoup de concessions et de sacrifices à sa philosophie.

C’est le « trop », c’est la dernière goutte pour la route. Et c’est peut-être un peu ce qui se passe actuellement, avec cette sensation inquiétante que le monde va vraiment droit dans le mur ; c’est quand tous les signaux d’alarme se mettent au rouge, qu’il n’est plus possible de vivre « à tiroir », de fermer les yeux sur certaines choses ou de ne s’y intéresser qu’à certains moments. Ce n’est plus possible ! Tout est trop imbriqué et la conscience n’arrive plus à l’ignorer, vivant dès lors fort mal. Dépressions, maux de dos, problèmes de sommeil ou burn-out ne sont pas nécessairement étrangers à cette conscience qui n’arrive plus à être en paix.

Tout cela à cause de cet engrenage, à cause de cette première question…

D’accord mais cela ne suffit pas à faire basculer cette vie : j’ai plein d’amis que je sais être derrière leur clavier à s’énerver, militer, s’informer, pleinement conscients de tout cela. Mais est-ce qu’ils basculent pour autant ?

On dirait qu’il faut un catalyseur, un catalyseur suffisamment puissant pour surmonter les peurs, les doutes et… le regard de l’autre.

Je le nommerais « la vie en suspend » tant, selon mes rencontres, il semble prendre des formes différentes. Mais le dénominateur commun apparaît toujours comme un moment d’arrêt net, total, pour contempler sa vie. Une profonde remise en question du sens de l’être: à chacun le chemin qui mène à ce moment.

Une seule chose semble être subitement acquise : après, il devient difficile de faire autrement

Roch Hocepied